Rencontre avec François Saulnier de Bleckwen qui traque les anomalies de comportement pour détecter la fraude financière

Virements suspects, crédits obtenus frauduleusement, financement de véhicules détourné… Bleckwen accompagne les établissements financiers dans la détection des opérations à risque. Son approche associe analyse comportementale, apprentissage automatique et suivi des modèles, avec un arbitrage permanent entre réduction des pertes et fluidité du parcours client.

Un nouveau bénéficiaire, un premier virement de faible montant, puis une opération plus importante. Pris isolément, chacun de ces événements peut sembler anodin. Leur enchaînement peut pourtant signaler une escroquerie. C’est dans cette lecture des comportements que se positionne Bleckwen, une société française issue d’Ercom et dirigée depuis 2021 par François Saulnier.

L’entreprise intervient auprès des banques et des organismes de financement. “Nous sommes une quinzaine de collaborateurs et nous avons notamment BNP Paribas, Mobilize Financial Services, et Arkéa FS parmi nos clients” note François Saulnier. “Deux domaines structurent notre activité : la fraude aux virements et la fraude au financement, du crédit à la consommation au financement automobile”.

Repérer les écarts aux habitudes

Sur les paiements, Bleckwen s’est construite autour d’une contrainte : analyser des volumes importants sans ralentir les transactions. François Saulnier indique que la plateforme traite les virements de BNP Paribas à l’échelle internationale, avec une capacité de réponse en moins de 100 millisecondes pour évaluer le risque de fraude.

Le principe consiste à comparer une opération aux habitudes du client, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’une entreprise, mais aussi aux comportements de profils comparables et de l’ensemble de la population observée. Montants, rythme des opérations, ajout récent d’un bénéficiaire ou multiplication des destinataires contribuent à caractériser une situation inhabituelle. Ces informations alimentent des modèles d’apprentissage automatique qui produisent des alertes.

L’approche couvre différents scénarios comme un faux fournisseur, la fraude au président, la manipulation d’un particulier ou la prise de contrôle d’un compte. Le point commun est le changement de comportement provoqué par l’escroquerie. Une succession de petits virements peut ainsi mériter autant d’attention qu’une opération d’un montant élevé. L’anomalie reste toutefois un signal à examiner, pas une preuve de fraude.

Bleckwen intervient dans les systèmes de paiement de la banque et remonte les alertes à ses spécialistes anti-fraude. Il revient à l’établissement de décider des suites, à savoir laisser passer l’opération, la bloquer ou effectuer une vérification complémentaire. Un contre-appel peut, par exemple, permettre de s’assurer qu’une entreprise a respecté son circuit de validation ou qu’un particulier comprend réellement le virement qu’il s’apprête à effectuer.

Suivre le risque au-delà du premier crédit

Sur le financement, la temporalité est différente. La fraude peut se préparer pendant plusieurs mois, alors même que le client rembourse normalement ses premières échéances. François Saulnier décrit le mécanisme du « bust out » : établir une relation de confiance par plusieurs opérations correctement honorées, puis obtenir un financement plus important avant de disparaître sans rembourser.

Ce scénario, connu dans le commerce électronique et le paiement fractionné, se retrouve aussi dans l’automobile. Une entreprise peut financer un premier utilitaire, puis un second, payer régulièrement pendant plusieurs mois et demander ensuite un véhicule nettement plus coûteux. Le défaut de remboursement et la disparition des véhicules surviennent dans un second temps. L’exemple illustre l’intérêt d’observer la relation dans la durée, au-delà des contrôles réalisés à l’entrée en relation.

Pour ces usages, Bleckwen propose une prise en charge opérationnelle de l’exploitation et du suivi des modèles. Les objectifs sont définis avec l’établissement : diminuer les pertes liées à la fraude, améliorer l’expérience client ou ajuster l’équilibre entre les deux. « Le meilleur moyen de ne plus perdre de l’argent, c’est de ne plus en prêter », résume François Saulnier. Tout l’enjeu est précisément de protéger l’activité sans la paralyser. Pour un établissement financier, la valeur du dispositif se mesure autant aux pertes évitées qu’aux opérations légitimes préservées et à la diminution de la charge de traitement des alertes.

Relier détection et résultat opérationnel

La hausse des préoccupations autour de la fraude ne se traduit pas automatiquement par des projets immédiats. Les équipes informatiques manquent souvent de disponibilité et les projets anti-fraude dans les banques doivent trouver leur place parmi d’autres priorités, notamment celles liées à la conformité et à la lutte contre le blanchiment.

Bleckwen s’adresse aussi à d’autres secteurs comme l’assurance, l’immobilier et la gestion du crédit interentreprises. Mais la finance reste son coeur de cible avec une promesse forte : savoir distinguer une perte due à l’insolvabilité, d’une difficulté de recouvrement et d’une fraude. Sans cela, difficile de justifier un investissement ou d’en apprécier les effets. C’est sur cette capacité à relier détection et résultat opérationnel que Bleckwen entend faire la différence.

 

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