Comment permettre aux services de l’État de découvrir des technologies répondant à leurs besoins sans renforcer leurs dépendances ? C’est l’ambition du D2NS (Digital Defense Network Seminar), un nouveau salon qui entend rapprocher industriels, décideurs publics et utilisateurs opérationnels. Issu de l’écosystème du Cercle de l’Arbalète, à l’origine du SOFINS, l’évènement défend une approche pragmatique de l’indépendance numérique. Nous avons rencontré Benoît de Saint Sernin, son organisateur.
Pourquoi créer un nouveau salon consacré au numérique de l’État ?
Le point de départ est l’expérience du SOFINS, qui met en relation des entreprises technologiques et les utilisateurs des forces spéciales. Le Cercle de l’Arbalète a développé une connaissance de ces échanges entre industriels, décideurs et opérationnels. L’idée du D2NS est d’étendre cette démarche aux autres ministères, pour leur permettre de découvrir des technologies indépendantes et souveraines susceptibles de répondre à leurs besoins.
Certaines entreprises connaissent mal les acheteurs publics et la manière dont leurs solutions peuvent être retenues. À l’inverse, les utilisateurs ont des besoins qu’elles ne perçoivent pas toujours. Le salon doit faciliter cette rencontre et permettre de discuter des usages concrets.
Vous distinguez souveraineté et indépendance. Quelle différence faites-vous ?
La question de l’indépendance est très concrète : une technologie peut-elle être bloquée du jour au lendemain par une décision extérieure ? C’est ce risque que nous voulons prendre en compte. L’origine géographique d’une entreprise compte, mais il faut aussi regarder dans quelles conditions sa technologie est mise à disposition et peut continuer à être utilisée.
Notre orientation est plutôt française et européenne. Cela ne signifie pas pour autant que nous fermons la porte aux entreprises nord-américaines. L’enjeu est de travailler avec des acteurs qui acceptent cette exigence d’indépendance.
Cela suppose donc de conserver des coopérations internationales ?
Oui. Nous privilégions les technologies européennes lorsque c’est possible. Mais toute la chaîne de valeur n’est pas nécessairement disponible en Europe. Il faut tenir compte de cette réalité industrielle.
Des coopérations peuvent notamment prendre la forme de co-développement ou de co-industrialisation en Europe. L’objectif est de travailler avec des partenaires qui acceptent de jouer le jeu et de ne pas interrompre unilatéralement l’accès à leur technologie. C’est cette logique que nous souhaitons défendre.

À quels visiteurs le D2NS s’adresse-t-il ?
Il s’agit d’un événement professionnel ciblé, destiné aux décideurs et aux personnels des ministères, avec une place importante accordée aux opérationnels. Nous voulons réunir ceux qui orientent les choix technologiques et ceux qui utilisent les équipements et les services au quotidien.
Les délégations institutionnelles ont leur importance, mais la valeur du salon repose aussi sur les échanges avec les utilisateurs. Ce sont eux qui peuvent expliquer leurs contraintes, préciser ce qu’ils recherchent et discuter de la pertinence d’une solution.
Quel intérêt pour une entreprise qui travaille surtout avec des clients privés ?
L’expérience du Cercle de l’Arbalète montre que des entreprises issues du civil peuvent découvrir des applications militaires auxquelles elles n’avaient pas pensé. Elles n’avaient pas nécessairement prévu de travailler avec les armées, mais leurs technologies répondent parfois à des besoins réels.
Il faut leur permettre de poser des questions aux bons interlocuteurs : de quoi avez-vous besoin ? Comment notre technologie pourrait-elle y répondre ? Cette compréhension mutuelle est essentielle pour ouvrir de nouvelles perspectives.
Le périmètre ira-t-il au-delà des logiciels et de la cybersécurité ?
Oui, l’approche est large. Le numérique repose aussi sur des équipements et des infrastructures. Un domaine comme la climatisation peut ainsi avoir toute sa place, compte tenu de son rôle dans le fonctionnement des installations informatiques.
Nous voulons conserver cette ouverture, tout en privilégiant des rencontres accessibles et utiles. L’ambition est de garder une dimension humaine, avec un mélange de décideurs et d’opérationnels qui permette de véritables échanges entre les visiteurs et les industriels.
Code Confiance sera présent au salon D2NS, du 13 au 15 avril 2027, au Parc des Expositions de Bordeaux-Lac.
