Un an après sa levée de 13 millions d’euros auprès de Tikehau Capital, Memority passe à l’action sur le terrain de la croissance externe. L’éditeur français d’Identity and Access Management vient d’annoncer l’acquisition de Zygon, une société américaine spécialisée dans la visibilité sur les applications SaaS, les comptes et les usages qui échappent aux processus IAM traditionnels.
Pendant longtemps, les projets IAM se sont concentrés sur les référentiels, les annuaires, les workflows d’habilitation et l’intégration des applications critiques. Or, aujourd’hui, dans bon nombre d’entreprises, une partie croissante des accès et des identités se déploie hors champ, via des applications SaaS adoptées par les métiers, des comptes créés localement ou des usages mal reliés aux processus de gouvernance. C’est précisément cette zone grise que Zygon prétend adresser. La société met en avant des fonctions de gestion des applications et des comptes, d’accès review, d’orchestration des demandes d’accès et de visibilité sur des environnements SaaS modernes.
Memority cherche ainsi à déplacer son positionnement vers une gouvernance des identités plus proche des usages réels. Dans son annonce, le groupe explique vouloir renforcer les capacités d’“identity visibility” de sa plateforme Identity Factory, étendre la couverture du système d’information et enrichir ses développements autour de l’IA pour mieux contextualiser les alertes, prioriser les risques et automatiser certains contrôles.
Gouverner les identités ne suffit plus si l’entreprise ne voit pas les applications réellement utilisées, les comptes actifs hors radar ou les droits qui persistent sans contrôle.
Un moteur US au coeur d’une solution française ?
L’opération soulève cependant une question, plus stratégique. Memority revendique depuis sa levée de fonds l’ambition de devenir un acteur européen de référence de l’IAM. L’entreprise met en avant une trajectoire de consolidation et de montée en puissance sur le marché européen, avec l’appui de Tikehau Capital. Mais pour changer d’échelle, c’est une technologie américaine qu’elle a choisi d’intégrer. Le paradoxe est intéressant. Il montre à quel point la construction d’une alternative européenne crédible dans la cybersécurité et l’identité reste un exercice d’équilibriste entre ambition de souveraineté et dépendance à des briques déjà disponibles ailleurs.
Avec cette opération, l’IAM entre dans une phase où la valeur se déplace vers l’observation des usages réels, la détection des applications non gouvernées et la capacité à reprendre le contrôle sur des environnements SaaS de plus en plus dispersés. Memority a choisi d’acheter cette compétence plutôt que de la construire seul.

