Quand l’achat de voitures se digitalise, la fraude passe la seconde

La fraude à l’identité ne s’est pas invitée par hasard dans le secteur automobile. Elle suit la trajectoire logique du marché : davantage de parcours numériques, de pré-accords de financement à distance, de signatures électroniques. Dans ce contexte, un contrôle raté ne se solde plus par un simple remboursement contesté. Il peut se concrétiser par un véhicule qui quitte le parc et ne revient jamais.

Outre-Atlantique, eLEND Solutions a publié mi-février 2026 une étude révélatrice : près de 80 % des concessionnaires américains interrogés déclarent avoir observé une hausse des activités frauduleuses sur les deux dernières années. Plus frappant encore, 48 % affirment avoir perdu au moins quatre véhicules à cause de fraudes à l’identité sur cette même période, et près d’un quart en évoque dix ou plus.

Les chiffres de cette étude prouvent que lorsque l’achat se digitalise, l’identité devient le verrou principal. Et quand ce verrou cède, la perte est bien physique et lourde.

La France, un terrain mécaniquement attractif

Le marché français est attractif pour les fraudeurs, car il est massif. En 2025, la France a enregistré 1,6 million d’immatriculations de voitures particulières neuves et 5,5 millions de véhicules d’occasion vendus. Avec un volume de transactions d’occasion qui domine largement, et des parcours d’achat de plus en plus hybrides (entre web, téléphone et point de vente physique), la fraude dispose d’un terrain de jeu évident, aussi bien du côté des particuliers que des professionnels.

Le même risque, une architecture différente

Le parallèle avec eLEND tient au mécanisme, pas au modèle commercial. La société américaine se positionne comme une couche opérationnelle intégrée aux concessions, avec des briques de vérification d’identité conçues pour stopper une transaction avant qu’elle ne devienne irréversible.

En France, l’équivalent fonctionnel existe, mais il est souvent réparti entre plusieurs acteurs. Le contrôle d’identité intervient fréquemment au moment du financement, côté prêteur, plutôt qu’au sein d’une plateforme unifiée pensée pour le point de vente. La logique de protection est la même, mais l’architecture, elle, reste fragmentée.

Les briques KYC françaises et européennes qui jouent ce rôle

Le marché français s’appuie, en effet, sur des prestataires de vérification d’identité à distance, dont plusieurs s’inscrivent dans le cadre PVID publié par cyber.gouv.fr, parmi eux, Kipmi (Be-Ys) et IDnow. Ces acteurs proposent des solutions permettant de vérifier un document d’identité et de s’assurer que la personne qui le présente en est bien le titulaire, à distance et en temps réel.

Côté usages concrets, Sofinco a documenté un parcours de vérification utilisant la solution Ubble (rachetée par Checkout.com), signe que la brique eKYC devient un passage standard dans les demandes de financement, crédit auto inclus. Le marché se structure également par consolidation : l’acquisition d’Onfido par Entrust illustre une tendance de fond, où la vérification d’identité se rapproche des écosystèmes de paiement sécurisé et de gestion des accès.

Une particularité française trop souvent oubliée

La fraude ne vise pas uniquement l’acheteur. Elle s’en prend aussi à l’écosystème administratif et aux professionnels du secteur. Des campagnes de phishing ciblant des acteurs liés aux démarches d’immatriculation ont déjà été signalées par des sources institutionnelles. Un accès compromis peut alors ouvrir la porte à des détournements de processus, de données ou d’habilitations, avec des conséquences qui dépassent largement la simple transaction.

Ce que change concrètement la digitalisation

Dans une vente en face-à-face, le contrôle physique élimine d’emblée les tentatives les plus grossières. Dès que le parcours migre vers le web, l’identité doit être prouvée autrement : vérification documentaire, contrôle biométrique, analyse des signaux de risque capables de détecter une usurpation, un document falsifié ou des incohérences dans un dossier.

Le modèle eLEND montre clairement où va la pente logique du marché. En France, les réponses existent déjà, mais elles passent par un assemblage entre financeurs, distributeurs et prestataires eKYC. Mais la promesse reste identique des deux côtés de l’Atlantique : empêcher qu’un achat numérique ne se transforme en disparition bien réelle.

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