Pasqal, nouvelle licorne française : le quantique entre dans la bataille de la souveraineté

Pasqal vient de franchir le cap symbolique du milliard de dollars de valorisation. Et cette annonce confirme que la souveraineté numérique cesse d’être uniquement une affaire de cloud, d’identité ou de cybersécurité. Elle devient aussi une question de puissance de calcul.

Créée en 2019, issue des laboratoires de l’Institut d’Optique à Palaiseau, Pasqal vient donc de franchir un cap que peu d’entreprises européennes du quantique avaient atteint. La société annonce un financement attendu d’au moins 340 millions d’euros, une valorisation pré-money de 2 milliards de dollars et une cotation visée au Nasdaq via un SPAC (Special Purpose Acquisition Company). Les chiffres sont spectaculaires. 

Ce que Pasqal construit, c’est une infrastructure, pas une promesse

Si le mot “licorne” est pratique pour faire du bruit dans les médias, en revanche, il en dit peu sur ce qu’une entreprise produit réellement. Pasqal fabrique des ordinateurs quantiques à atomes neutres. Des machines concrètes, pas des prototypes. En 2024, l’entreprise a d’ailleurs livré à CINECA (Italie), l’un des grands centres de calcul européens, un système quantique de plus de 140 qubits, intégré directement à Leonardo, le supercalculateur classé parmi les plus puissants du continent. Une mise en production réelle, dans l’écosystème EuroHPC, la colonne vertébrale du calcul haute performance européen.

Pasqal n’est donc plus seulement une startup prometteuse qui travaille sur des technologies d’avenir. Elle commence à s’insérer dans des infrastructures qui comptent. Et c’est exactement là que la question de la souveraineté devient concrète.

La souveraineté, ici, veut dire quelque chose de précis

Mais dès qu’on parle de “souveraineté numérique”, le terme devient aussitôt un slogan. Et dans le cas du calcul quantique, il recouvre au moins 5 dimensions :

  • Qui conçoit les machines ?
  • Qui les fabrique ?
  • Qui les opère ?
  • Qui détient la propriété intellectuelle sur les algorithmes et les stacks logicielles ?
  • Où se trouvent physiquement les infrastructures ?

Sur chacune de ces dimensions, la provenance n’est pas neutre.

Heureusement, le plan d’investissement de Pasqal répond directement à ces questions. L’entreprise annonce le doublement de ses capacités de production en France sous 24 mois, le renforcement de son site industriel à Palaiseau et une montée en puissance de la R&D orientée vers les ordinateurs quantiques tolérants aux fautes. Cette feuille de route ancre une capacité industrielle stratégique sur le sol européen.

Au-delà de la sécurité et de la protection des données

Voici donc la preuve que la confiance numérique ne se résume pas à la sécurité des transactions ou à la protection des données personnelles. Elle concerne aussi la maîtrise des couches profondes de l’informatique. Et le calcul avancé en fait partie.

Sauf qu’aujourd’hui, le quantique reste immature pour la grande majorité des usages industriels. Or dans l’histoire des infrastructures technologiques, les batailles pour le contrôle des couches fondamentales se gagnent longtemps avant que ces couches ne deviennent indispensables. C’est vrai pour les semi-conducteurs. C’est vrai aussi pour les câbles sous-marins. Ça l’est tout autant pour le cloud. Et ce sera vrai pour le calcul quantique.

La fenêtre pour s’y positionner est ouverte. Elle ne le restera pas indéfiniment. Car les États-Unis et la Chine investissent massivement et structurellement dans ce domaine depuis des années. L’Europe cherche encore son modèle, entre financement public, champions industriels et souveraineté déclarée sans toujours être construite. Pasqal est, pour l’instant, l’un des acteurs qui rendent cette construction crédible.

Vers une autonomie européenne ?

Reste que ce financement ne fait pas de la France le “leader mondial” du quantique. Il ne démontre pas non plus que l’autonomie européenne dans ce secteur est acquise. Et il ne dit rien sur les échéances réelles d’un avantage concurrentiel quantique pour les entreprises ou les États.

En revanche, grâce à lui, Pasqal devient un actif stratégique crédible dans une bataille industrielle longue, coûteuse et encore très ouverte. Une bataille dont les vainqueurs n’ont pas encore été désignés, et dans laquelle une présence industrielle ancrée en Europe représente une valeur réelle.

Un marqueur de souveraineté

Le quantique n’est pas encore une révolution pour les entreprises. Mais il est déjà un marqueur de souveraineté. Et c’est précisément pour cette raison que la capacité effective de l’Europe à tenir sa place dans les infrastructures de confiance du calcul de demain mérite un suivi rigoureux, dans la durée.

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