Alexandre Zapolsky : l’architecte d’une troisième voie numérique européenne souveraine

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Voilà plus de 25 ans qu’Alexandre Zapolsky défend une conviction restée longtemps marginale : pour éviter toutes ses dépendances technologiques, l’Europe doit reprendre le contrôle de ses infrastructures numériques, de ses logiciels et de ses données. Précurseur de l’open source en France, il a ainsi lancé dès 2000 la société Linagora afin de proposer une alternative viable aux géants du numérique. Aujourd’hui, il s’impose comme un expert incontournable des thématiques liées à la confiance numérique, à l’éthique technologique et à la maîtrise stratégique des données. Portrait.

Lorsque Alexandre Zapolsky crée Linagora au début des années 2000, les grandes plateformes américaines n’ont pas encore acquis la position dominante qu’elles occupent aujourd’hui. Son choix est alors à contre-courant : bâtir une entreprise entièrement consacrée au logiciel libre afin de permettre aux États et aux grandes organisations de conserver la maîtrise de leurs technologies, de leurs infrastructures critiques et de leurs données. Aujourd’hui, ce projet semble particulièrement en avance sur son temps. Bien avant que la dépendance technologique ne s’impose dans le débat public, Alexandre Zapolsky alertait déjà sur les risques d’une concentration des technologies entre les mains d’un nombre limité d’acteurs internationaux (et plus particulièrement hors Europe).

Ses convictions l’amènent notamment à participer à la structuration de l’écosystème français autour de l’open source en fondant l’Association des SS2L (actuelle FNILL), avant de devenir le premier représentant du logiciel libre à siéger au conseil d’administration de Syntec Numérique. Plus récemment, en 2025, il a également contribué à la création d’un Comité stratégique de filière consacré au numérique de confiance dont il est un des co-présidents. Autant d’initiatives qui ont peu à peu contribué à une prise de conscience autour de l’open source, qui s’impose désormais comme une pierre angulaire de la stratégie d’autonomie technologique européenne.

Une souveraineté numérique assumée au niveau européen

Preuve du changement de paradigme autour des logiciels libres, ces derniers sont aujourd’hui au cœur des réflexions menées par les plus hautes instances du vieux continent. Le 3 juin 2026, la Commission européenne communiquait sur le paquet “Souveraineté technologique européenne”, intégrant notamment une stratégie reposant sur l’open source pour réduire les dépendances de l’Union Européenne (UE) aux technologies hors Europe. Une étape importante, selon Alexandre Zapolsky.

« Nous appelions de nos vœux ce paquet Souveraineté Numérique depuis plus de 20 ans. Nous ne pouvons que nous réjouir du fait que la Commission européenne se saisisse de ce sujet », souligne l’expert. « Ce projet désinhibe l’idée même de souveraineté numérique. C’est un sujet essentiel de la politique européenne. Nous passons d’une souveraineté numérique discrète et confuse de provoquer les éditeurs américains, à un sujet assumé. Et je crois que la France est un acteur moteur de ce projet, particulièrement favorable à l’open source. »

Vers un nouveau modèle d’indépendance pour l’État français

À l’échelle nationale, cette prise de conscience se traduit également par un changement d’approche à l’échelle nationale. À l’image des récentes directives de la Direction interministérielle du numérique (DINUM), qui demandent désormais aux ministères d’élaborer des plans visant à réduire leurs dépendances vis-à-vis des solutions extra-européennes. De quoi traduire un « changement d’orientation stratégique » fort pour Alexandre Zapolsky, attribué notamment à la récente nomination de Walter Arnaud à la tête de l’agence publique.

En effet, le nouveau directeur de la DINUM, ex-ingénieur général de l’armement, semble déterminé à appliquer au numérique une logique comparable à celle de la Défense : s’appuyer davantage sur les capacités industrielles nationales afin de renforcer l’autonomie stratégique de l’État. Pour Alexandre Zapolsky, cette réorganisation marque également une rupture avec une administration historiquement plus isolée. En développant une collaboration plus étroite avec les industriels français du numérique, l’État crée les conditions d’une réduction progressive de sa dépendance aux solutions étrangères, tout en contribuant au renforcement de la filière nationale et à la diminution du déficit commercial.

Linagora et Twake.AI : une alternative européenne fondée sur l’open source

En réponse à ces enjeux, Alexandre Zapolsky a lancé, dès 2000, Linagora, qui conçoit des technologies entièrement open source, parmi lesquelles Twake.AI, une Digital Workplace qui se présente comme une alternative souveraine aux suites collaboratives proposées par les GAFAM. De fait, la plateforme est conçue pour intégrer des briques développées par la DINUM, comme celles du programme LaSuite, mais aussi des outils bureautiques tels qu’OnlyOffice ou encore des services de messagerie sécurisés. Cette approche, fondée sur l’interopérabilité et les standards ouverts, séduit également plusieurs gouvernements et institutions à l’international, notamment en Mongolie, à l’île Maurice ou dans plusieurs pays africains, qui souhaitent disposer d’une alternative aux solutions américaines et chinoises.

L’éditeur applique également ces principes de transparence et de maîtrise technologique à l’intégration de l’Intelligence Artificielle (IA), défendant, là encore, une IA véritablement open source, reposant sur des modèles transparents, sans restriction d’usage et respectueux des droits des créateurs sur les données d’entraînement. De plus, Linagora privilégie le développement de Small Language Models (SLM), plus compacts, moins consommateurs de ressources énergétiques et mieux adaptés aux besoins opérationnels de nombreuses organisations. Une approche qui illustre la vision portée depuis plus de 25 ans par Alexandre Zapolsky : construire une troisième voie numérique européenne conciliant ouverture, interopérabilité, performance technologique et valeurs éthiques.

Photo de Une : ©Oxana Photography/DR

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