Pendant des années, les géants du cloud ont prospéré en s’appuyant sur un mélange redoutable de performance, d’écosystème… et d’enfermement. Le Data Act, applicable depuis le 12 septembre 2025, commence à fissurer ce modèle en imposant un vrai droit à la portabilité et en supprimant totalement les frais d’egress, ces péages facturés pour sortir ses données, à partir du 12 janvier 2027. Au même moment, l’État français rappelle qu’en 2025, 99 % de ses projets cloud ont été orientés vers des fournisseurs européens. Ne serait-ce pas le moment de switcher ?
Les frais d’egress n’ont jamais été un détail technique. Ils ont plutôt servi de barbelés commerciaux. Une entreprise pouvait entrer facilement chez un hyperscaler, mais payer cher pour repartir. Le Data Act vise précisément cette asymétrie et veut rendre le changement de fournisseur plus rapide, plus fluide et, à compter de janvier 2027, sans frais de sortie. Ce n’est pas encore la souveraineté retrouvée. C’est, plus modestement, la fin progressive d’un modèle fondé sur la captivité du client.
Le sujet est d’autant plus important que l’Europe reste massivement dépendante d’AWS, Microsoft Azure et Google Cloud qui pèsent encore environ 70 % du marché européen du cloud d’infrastructure. La part cumulée des acteurs européens, elle, est estimée à seulement 13 %. Autrement dit, le marché n’était pas seulement déséquilibré, il était structuré pour décourager la sortie. C’est bientôt de l’histoire ancienne.
L’État montre la voie, le privé ne pourra plus se cacher
Mais le plus intéressant est peut-être ailleurs. En France, l’État ne se contente plus de parler souveraineté. Selon la DINUM, les fournisseurs européens ont représenté 70 % de la commande publique sur le marché « Nuage public » en 2025, et 99 % sur le seul périmètre de l’État. Ce n’est pas une révolution totale, mais c’est un basculement politique, industriel et symbolique. Et cela montre que migrer est possible quand la volonté existe, quand la doctrine est claire et quand l’acheteur arrête de se raconter des histoires sur l’absence d’alternative.
Il serait naïf, en revanche, d’annoncer un exode instantané vers les clouds français et européens. Les dépendances techniques, les contrats pluriannuels, les habitudes d’intégration et la puissance des écosystèmes américains ne vont pas disparaître par décret. Mais la dynamique change. Une fois les frais de sortie neutralisés, la comparaison redevient plus honnête.
La grande migration peut donc démarrer.
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