Son roman C’était ça ou mourir est soupçonné d’avoir été écrit avec une intelligence artificielle. Des textes plus anciens sont, eux, mis en cause pour plagiat. Entre les deux, une question passe au second plan : quels droits l’éditeur a-t-il réellement acquis ?
Écrire un roman avec l’IA n’est pas interdit par la loi. Même si son usage était établi, cela ne suffirait donc pas à caractériser une infraction. Il faudrait d’abord lire le contrat de Thélyson Orélien. En effet, que garantit-il sur l’originalité du manuscrit et sur les droits cédés à Grasset ? Même prudence pour les prix littéraires. Sans leurs règles applicables, impossible d’affirmer que le Goncourt ou le prix du roman Fnac autorisent ou interdisent l’IA.
Un roman n’est pas un article d’information
Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act impose, dans certains cas, de signaler les textes générés ou manipulés par IA lorsqu’ils sont publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt général. Cette obligation de divulgation ne vise pas, en tant que tel, un roman de fiction. Elle prévoit aussi une exception en cas d’examen humain ou de contrôle éditorial, dès lors qu’une personne assume la responsabilité de la publication.
Pour Grasset, l’enjeu serait ailleurs. Le droit d’auteur protège les choix créatifs originaux d’une personne. Utiliser l’IA pour chercher une idée, reformuler une phrase ou retravailler un passage ne soulève pas la même question que publier un texte généré sans apport créatif humain identifiable. Selon les faits et le contrat, cette différence pourrait peser sur la portée des droits cédés à l’éditeur. Sans connaître ce contrat ni la genèse complète du manuscrit, impossible de conclure aujourd’hui sur la valeur de ces droits.
Un score n’est pas une preuve
Pangram a certes classé de larges passages du roman comme générés par IA. Mais d’autres détecteurs testés par l’AFP ont livré des résultats divergents. Un score peut déclencher une enquête ; il ne peut pas la remplacer. La loi présume d’ailleurs auteur, sauf preuve contraire, celui sous le nom duquel l’œuvre est publiée. Des brouillons datés, des versions successives et les échanges avec l’éditeur seraient bien plus éclairants.
Reste le plagiat. La Presse et Radio-Canada ont, en effet, relevé des ressemblances entre des textes signés Orélien il y a plus de dix ans et des publications antérieures. Ces faits allégués sont distincts du soupçon d’IA pesant sur son roman. Reproduire sans droit l’expression originale d’autrui pose problème avec ou sans machine.
Dans son essai Qui a peur de l’IA ?, Philippe Goupil propose de regarder qui a conçu, choisi, réécrit et assumé le texte, plutôt que de traquer la simple présence d’un outil. C’est la bonne question. Il va falloir s’habituer à l’IA dans l’écriture. Cela suppose aussi de dire franchement ce qu’on lui a confié. Car, effectivement, l’assistance à la création et la délégation intégrale d’un livre ne racontent pas la même histoire au lecteur.