Le wallet d’identité européen fonctionne… mais échoue encore dans 30 % des cas

L’Europe prépare l’une des infrastructures numériques les plus ambitieuses de la décennie. Le futur EUDI Wallet doit permettre à plus de 450 millions de citoyens de prouver leur identité, partager des attestations officielles ou s’authentifier en ligne, sans transmettre plus de données que nécessaire.

Derrière l’ambition politique, la réalité technique reste encore en construction. Les premiers tests d’interopérabilité menés lors de l’Interop Week (2-6 mars, ID Campus, Angers) autour de France Identité le confirment. L’écosystème progresse, mais il est loin d’être mature. Résultat des courses ? Près de 30 % des interactions testées échouent encore.

Un écosystème déjà très large

L’Interop Week a réuni 63 organisations issues de 21 pays, avec 20 émetteurs de credentials, 30 services vérificateurs et 15 wallets différents. Plus de 500 combinaisons de tests ont été réalisées pour évaluer la capacité de ces systèmes à fonctionner ensemble.

L’objectif était de vérifier qu’un credential émis par une organisation peut être lu, validé et accepté par un autre système, même développé par un acteur différent.

Rappelons en effet que l’identité numérique européenne ne repose pas sur un système centralisé, mais sur un écosystème distribué d’acteurs publics et privés. L’interopérabilité est donc la condition sine qua non pour que le dispositif fonctionne à grande échelle.

Wallets, credentials et preuves numériques

Le futur portefeuille européen d’identité fonctionne selon un modèle proche de celui des portefeuilles numériques. L’utilisateur dispose d’une application (le wallet) dans laquelle il stocke des credentials vérifiables. Ces attestations numériques sont délivrées par des organismes légitimes, qu’il s’agisse d’une carte d’identité, d’un permis de conduire, d’un diplôme ou d’une attestation bancaire.

Lorsqu’un service demande une vérification (pour ouvrir un compte, louer une voiture ou accéder à un service en ligne), l’utilisateur présente uniquement les informations nécessaires. Les données sont ensuite vérifiées cryptographiquement par le service destinataire.

Une bataille de standards techniques

Les tests ont porté sur plusieurs technologies et protocoles de l’écosystème des identités numériques, notamment SD-JWT VC, mdoc, ou les protocoles de présentation OID4VP. Ces standards définissent la manière dont les informations sont transmises et validées entre systèmes.

Certains scénarios reposent sur des interactions de proximité (via NFC, Bluetooth ou QR code), d’autres permettent des échanges entièrement à distance. Ces tests sont indispensables pour identifier les incompatibilités techniques entre implémentations, qui peuvent apparaître même quand les acteurs suivent les mêmes spécifications.

70 % de réussite… mais encore trop d’échecs

Au total, 142 combinaisons d’acteurs ont été testées. Sur ces interactions, 116 se sont révélées interopérables, soit un taux de réussite global de 70,6 %. Autrement dit, près d’un tiers des interactions testées n’ont pas fonctionné correctement.

Pour une infrastructure appelée à devenir un standard européen, ce taux d’échec reste significatif. Il ne traduit pas un projet en difficulté, mais un écosystème encore en phase de convergence technique. Les développeurs doivent harmoniser leurs implémentations et résoudre les incompatibilités entre protocoles.

Une étape vers l’identité numérique européenne

Malgré ces limites, les organisateurs présentent cette édition comme un jalon important. L’événement marque notamment le premier test d’interopérabilité utilisant une trust list conforme aux standards ETSI, élément essentiel du futur cadre de confiance européen. Ces listes permettent d’identifier les acteurs autorisés à émettre ou vérifier des credentials dans l’écosystème, et constituent la base du modèle de confiance du futur wallet.

Une infrastructure encore en construction

L’Interop Week confirme une tendance de fond. L’identité numérique européenne entre progressivement dans une phase industrielle. Les technologies existent, les standards se stabilisent, les acteurs se multiplient. Mais l’interopérabilité reste un chantier majeur.

L’enjeu est considérable pour les citoyens comme pour les entreprises. Si ces wallets deviennent pleinement opérationnels, ils pourraient transformer en profondeur la manière de prouver son identité en ligne, d’ouvrir un compte, de signer un contrat ou d’accéder à un service. Mais l’écosystème doit encore mûrir avant d’y parvenir sans friction.

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