No Money for Terror : pourquoi la lutte antiterroriste se joue désormais dans les flux numériques

Réunie à Paris cette semaine, la conférence internationale « No Money for Terror » remet le financement du terrorisme au cœur de l’agenda du G7. Cash, cryptoactifs, crowdfunding, plateformes numériques, sociétés écrans, ONG détournées, paiements en ligne : l’argent du terrorisme circule désormais dans un environnement hybride, rapide et fragmenté. Pour les États, les banques, les fintechs et les acteurs de la confiance numérique, l’enjeu n’est plus seulement de suivre l’argent. Il est de savoir qui agit, qui paie, qui reçoit et qui se cache derrière les flux.

L’image de la valise de billets n’a peut-être pas disparu, mais elle est un peu réductrice. Les groupes terroristes continuent, en effet, d’utiliser le cash, les transferts informels, les circuits de type hawala ou les services de transfert de valeur. Mais ces méthodes cohabitent désormais avec des outils beaucoup plus ordinaires, à savoir les paiements en ligne, les plateformes numériques, les réseaux sociaux, le crowdfunding, les actifs virtuels, les sociétés écrans, les trusts ou organisations à but non lucratif détournées. C’est ce que souligne le GAFI dans son rapport 2025 sur l’évolution des risques de financement du terrorisme.

Le problème réside donc aujourd’hui dans le fait que les organisations criminelles et terroristes savent combiner plusieurs canaux. Elles peuvent lever des fonds sur une plateforme, les fragmenter, les déplacer via plusieurs intermédiaires, les convertir, puis les réinjecter dans des circuits locaux ou informels. Face à cette hybridation, les dispositifs classiques de surveillance financière montrent leurs limites.

La conférence « No Money for Terror », organisée à Paris dans le cadre de la présidence française du G7 Finance Track, illustre cette prise de conscience. Plus de 60 États et une vingtaine d’organisations internationales étaient présents à Bercy pour cette cinquième édition, avec un enjeu majeur : la capacité des États à réduire l’écart entre la vitesse des flux numériques et la lenteur des coopérations judiciaires, réglementaires et opérationnelles.

Les cryptoactifs concentrent évidemment une partie de l’attention, parfois de manière excessive. S’ils ne sont pas la seule faille, ils amplifient plusieurs difficultés : circulation transfrontalière, pseudonymat, fragmentation des prestataires, disparités réglementaires et arbitrage entre juridictions. Le GAFI a d’ailleurs appelé à renforcer l’action mondiale face aux risques de finance illicite liés aux actifs virtuels et aux prestataires de services sur actifs virtuels.

La confiance numérique devient une infrastructure antiterroriste

Derrière la lutte contre le financement du terrorisme, une question centrale s’impose : celle de l’identité. Car pour bloquer un flux suspect, encore faut-il identifier correctement le donneur d’ordre, le bénéficiaire, le détenteur d’un wallet, le responsable d’une société, le bénéficiaire effectif ou l’utilisateur réel d’un compte. Sans identité fiable, la traçabilité reste partielle. Sans traçabilité, l’enquête financière arrive trop tard.

Voilà pourquoi le sujet concerne directement les acteurs de la confiance numérique. KYC, KYB, vérification d’identité, lutte contre les faux documents, détection d’identités synthétiques, contrôle des bénéficiaires effectifs, analyse comportementale, supervision des plateformes, partage d’informations entre cellules de renseignement financier, ces briques deviennent des éléments de sécurité collective.

La résolution 2462 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2019, avait déjà posé un cadre international renforcé contre le financement du terrorisme, en demandant aux États de criminaliser ces pratiques tout en respectant le droit humanitaire, les droits humains et le droit des réfugiés. Cette nuance est essentielle, car la surveillance financière ne peut pas devenir une machine aveugle.

Car le risque inverse existe aussi. Si trop peu de contrôle laisse prospérer les flux terroristes, trop de contrôle peut bloquer l’aide humanitaire, fragiliser les ONG, exclure des populations du système bancaire ou pousser les transactions vers des circuits encore plus opaques. La bonne réponse, c’est une surveillance mieux ciblée, proportionnée, documentée et fondée sur le risque.

La question est désormais de savoir si les États et les acteurs financiers sauront adapter leurs outils avant que les criminels n’aient, une fois de plus, un temps d’avance.

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