Agents IA : la course à l’autonomie déclenche celle du contrôle

Les agents IA commencent à enquêter sur des cyberattaques, traiter des demandes clients et analyser des risques financiers. D’Okta à Sekoia, de Salesforce à Alphaguard, les fournisseurs se positionnent sur les différents maillons de cette transformation. Avec une question commune : comment laisser une IA agir sans perdre la maîtrise de ses accès, de ses données et de ses décisions ?

Un assistant qui rédige une réponse ne présente pas les mêmes enjeux qu’un agent capable d’ouvrir un dossier client, de modifier une application ou de déclencher une action de sécurité. Dès que l’IA utilise des outils et agit dans le système d’information, ses permissions deviennent aussi importantes que la qualité de ses réponses.

Cette évolution rapproche des marchés jusqu’ici distincts : plateformes cloud, logiciels métiers, gestion des identités, protection des données et cybersécurité. La création de la Blueprint Alliance, annoncée le 22 septembre, en donne une parfaite illustration. Elle réunit AWS, CrowdStrike, Databricks, Docker, Google Cloud, Lovable, Okta, Proofpoint, Salesforce, ServiceNow, Wiz et Zscaler autour d’une architecture commune pour sécuriser les agents. L’objectif étant de permettre à des solutions différentes de partager leurs signaux et de coordonner leurs contrôles. Cette alliance constitue un engagement d’interopérabilité, dont les intégrations et les résultats devront toutefois être démontrés.

Des agents qui entrent dans les métiers

Pour comprendre où interviennent ces entreprises, il faut suivre le parcours de l’agent. Il commence par un besoin métier. Salesforce, avec Agentforce, propose des agents pour le service client, les ventes ou le commerce, nourris par les données de l’entreprise. ServiceNow les inscrit dans les processus informatiques, RH et de relation client : exploiter l’historique d’un incident, consulter une base de connaissances ou faire avancer une demande. Dans les deux cas, l’intérêt dépend de la capacité à relier l’IA aux applications où le travail s’effectue réellement.

D’autres fournisseurs interviennent sur la construction et l’exécution. AWS, notamment avec Amazon Bedrock AgentCore, fournit des services pour déployer les agents et gérer leurs identités. Google Cloud propose également des environnements pour les développer, les exploiter et les gouverner. Docker apporte des espaces d’exécution isolés pour les agents de programmation, afin de limiter leur accès aux ressources de la machine. Lovable, de son côté, permet de créer des applications à partir d’instructions en langage naturel. Son rôle se situe en amont : accélérer la fabrication d’outils qui devront ensuite être encadrés.

Cette logique gagne aussi les activités de contrôle. Alphaguard développe des agents pour les opérations de conformité et de lutte contre la criminalité financière : analyse des risques tiers, vérifications liées au blanchiment, investigations de fraude ou contrôles de sanctions. La plateforme rassemble les informations utiles et documente les étapes de l’analyse pour que les équipes puissent examiner les conclusions et justifier leurs décisions.

Dans les centres opérationnels de sécurité, Sekoia confie à ses agents Elevate l’investigation des alertes, à savoir rapprocher les événements, rechercher des éléments de contexte et produire un verdict accompagné des preuves collectées. L’analyste peut alors consulter les recherches effectuées, corriger les résultats et valider les conclusions. Fortinet développe également des fonctions agentiques avec FortiAI dans ses outils d’opérations de sécurité, pour relier l’analyse des signaux aux actions de réponse. L’automatisation touche ainsi une part croissante du travail préparatoire des équipes cyber.

Donner des droits, puis savoir les retirer

Ces usages ont une condition commune. En effet, pour travailler, l’agent doit accéder à des ressources. Un contrôle mal conçu peut lui donner davantage de pouvoir que sa mission ne le nécessite, ou maintenir ses accès après la disparition du besoin.

C’est ici qu’intervient Okta. Le spécialiste de la gestion des identités étend ses mécanismes aux agents, soit les enregistrer, encadrer leurs connexions aux outils et aux autres agents, revoir leurs permissions et tracer leurs actions. Sa passerelle Agent Gateway doit appliquer les règles au moment où l’agent appelle une ressource. L’éditeur prévoit aussi d’étendre son mécanisme d’arrêt pour révoquer les jetons actifs et interrompre les sessions en cours. Cette extension, comme l’outil de représentation visuelle des connexions Configuration Designer, reste annoncée pour le quatrième trimestre 2026.

BeyondTrust, de son côté, aborde le problème par les privilèges : identifier les agents, comprendre leurs chemins d’accès et limiter les pouvoirs dont ils disposent, notamment sur les postes de travail. Quant à Keeper Security, il intervient sur les identifiants et les secrets, ces mots de passe ou clés techniques utilisés pour se connecter aux systèmes. Ses solutions visent à fournir des accès contrôlés et limités dans le temps, plutôt qu’à laisser des secrets inscrits dans du code ou transmis à un assistant sans gouvernance.

Le contrôle concerne également les données et les modèles. Databricks associe Unity Catalog et Unity Gateway pour appliquer des permissions, des règles et une traçabilité aux ressources utilisées par les agents. Une entreprise peut ainsi chercher à encadrer non seulement les données consultées, mais aussi les modèles et les outils appelés au cours d’une tâche.

Observer les actions, pas seulement les autorisations

Un agent correctement autorisé peut néanmoins être manipulé ou sortir de son périmètre. La surveillance doit donc porter sur ce qu’il fait pendant l’exécution.

CrowdStrike relie l’activité des agents aux événements observés sur les terminaux pour détecter leurs effets dans le système. Wiz apporte une visibilité sur les risques des environnements cloud et IA, notamment les expositions de données et les actions malveillantes. Zscaler applique des contrôles aux communications entre modèles, agents et applications, avec une approche Zero Trust qui soumet les accès à vérification. Proofpoint rapproche la protection des données et celle des usages de l’IA : examiner si les comportements restent cohérents avec la mission confiée et les règles de l’entreprise. Ces approches peuvent se compléter, tout en présentant des recouvrements qu’il faut examiner avant de multiplier les outils.

La visibilité commence parfois plus simplement par les usages des salariés. Velatir propose de recenser les services d’IA utilisés, d’encadrer les pratiques et de repérer les échanges de données sensibles. La plateforme intervient ainsi dans la gouvernance quotidienne d’outils qui peuvent entrer dans l’entreprise sans passer par ses procédures d’achat.

À l’extérieur du système d’information, DataDome traite une autre frontière : les agents et les robots qui interagissent avec les sites, les formulaires ou les parcours de paiement. Ses technologies cherchent à identifier ces visiteurs automatisés et à appliquer des règles d’accès, pour laisser passer les interactions autorisées et limiter les abus.

Pour les DSI et les RSSI, l’enjeu consiste désormais à assembler ces fonctions autour de leurs usages réels. Qui est responsable de chaque agent ? À quelles ressources peut-il accéder ? Quelles actions exigent une validation humaine ? Comment reconstituer une décision et couper les accès en cas d’incident ? Les réponses se vérifient dans des scénarios concrets, comme une tentative d’accès hors périmètre, un document contenant une instruction malveillante, le départ du salarié à l’origine de l’agent, etc. C’est dans ces situations que la promesse d’autonomie doit faire la preuve du contrôle.

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