Hexatrust et le Forum INCYBER lancent Cyber 2027, une initiative destinée à faire entrer la cybersécurité, la souveraineté technologique et la confiance numérique dans le débat présidentiel. Une démarche salutaire tant ces sujets, désormais essentiels au fonctionnement du pays, restent étrangement absents des discours politiques.
Le prochain président de la République héritera d’un pays dont une part croissante des services publics, de l’économie et de la vie quotidienne dépend d’infrastructures numériques. Pourtant, à moins d’un an de la campagne présidentielle, la confiance numérique ne semble toujours pas constituer un sujet politique majeur.
Les candidats parlent de pouvoir d’achat, de sécurité, de santé, d’éducation ou d’industrie. Ils évoquent parfois l’intelligence artificielle, le plus souvent sous l’angle de l’innovation ou de la productivité. Mais qui les entend préciser comment ils protégeront les données des citoyens, sécuriseront les hôpitaux, réduiront la dépendance aux fournisseurs technologiques étrangers ou lutteront contre les escroqueries en ligne ?
Pratiquement personne.
C’est précisément ces manquements que veulent combler Hexatrust et le Forum INCYBER avec Cyber 2027. Leur objectif est de placer la cybersécurité, la souveraineté numérique et la confiance au rang des priorités du prochain quinquennat. L’initiative mérite d’être saluée, car elle ne se contente pas d’appeler à une prise de conscience. Elle prévoit des outils concrets pour informer le public, interpeller les équipes de campagne et comparer les engagements des candidats.
Des risques numériques devenus politiques
Le constat de départ est difficilement contestable. Les arnaques en ligne se multiplient, les fuites de données touchent aussi bien les entreprises que les administrations et la dépendance européenne envers quelques fournisseurs extra-européens reste considérable. En 2025, la CNIL a enregistré plus de 6 100 violations de données, soit une hausse de 9,5 % en un an. Et 80 % des incidents de grande ampleur auraient pu être évités grâce à des mesures de sécurité élémentaires.
Derrière ces chiffres, ce ne sont plus seulement les systèmes d’information qui sont menacés. Ce sont la continuité des soins, le versement des prestations sociales, le fonctionnement des collectivités, la protection de l’identité des citoyens ou encore la capacité de l’État à prendre des décisions sans dépendre entièrement de technologies étrangères.
Désormais, la confiance numérique engage directement la sécurité nationale, la compétitivité économique et l’exercice des libertés publiques. Le mandat 2027-2032 devra notamment trancher des questions structurantes sur la régulation de l’intelligence artificielle, le cloud de confiance, la protection des données de santé, la résilience des infrastructures critiques ou la lutte contre les ingérences étrangères.
Il serait incohérent que ces choix soient effectués après l’élection, dans l’urgence, sans avoir été exposés ni débattus devant les citoyens.
Cinq actions pour obliger les candidats à se positionner
Cyber 2027 reposera sur un programme éditorial et événementiel en cinq volets. Une brochure de référence présentera 9 grands enjeux que les programmes présidentiels devraient traiter. Des webinaires et des podcasts donneront la parole à des experts, des entreprises et des décideurs publics. Des articles seront également publiés dans INCYBER News afin de décrypter régulièrement les propositions et l’actualité politique.
Le dispositif le plus intéressant sera probablement le « radar des programmes ». Une fois les projets des candidats publiés, leurs engagements seront analysés et comparés sur chacun des thèmes retenus. Cette grille de lecture, mise à jour jusqu’au scrutin, permettra de distinguer les propositions construites des slogans vagues sur la souveraineté ou la protection des Français.
Enfin, un débat réunissant des représentants des forces politiques françaises sera organisé pendant le Forum INCYBER Europe 2027. Les candidats ou leurs équipes devront alors se positionner sur neuf dossiers allant de la cybercriminalité quotidienne à la cyberdéfense, en passant par France Identité, la protection des données, la politique industrielle, la désinformation et la formation des citoyens.
La confiance numérique devrait donc figurer dans tous les programmes présidentiels. Non sous la forme d’un paragraphe ajouté à la hâte, mais comme une véritable politique publique, assortie d’objectifs, de moyens et d’une doctrine industrielle. Pour l’instant, personne ou presque n’en parle. Cyber 2027 a le mérite de ne plus accepter ce silence.