Avis d’impôt, bulletins de paie, permis de conduire… Le 2D-Doc permet de vérifier des informations plutôt que de se fier à l’apparence d’un document. Sa V2 élargit les usages et prépare une confiance capable de franchir les frontières. Explications.
Un avis d’impôt accompagné d’un code de pass vaccinal. Victor Poyet, expert sécurité du groupe BPCE, a rapporté ce procédé lors du séminaire organisé par France Titres début octobre. Des fraudeurs comptent sur la présence rassurante d’un code pour faire accepter leur document. Encore faut-il que quelqu’un le lise et vérifie ce qu’il contient.
Une preuve qui résiste à l’impression
Développé à partir de 2012 pour sécuriser les justificatifs de domicile, le 2D-Doc est un cachet électronique visible, ou CEV. Son code-barres contient des données clés du document et une signature cryptographique. Un lecteur adapté permet d’en vérifier l’origine et l’intégrité. Modifier les données signées invalide cette vérification.
Si le dispositif protège les informations encodées, il ne protège pas automatiquement tout ce qui figure autour. Un code authentique peut ainsi être recopié sur un document falsifié. Il faut donc comparer les données qu’il restitue avec celles du justificatif présenté.
L’outil fonctionne sur un document physique, un PDF ou sa version imprimée, à condition que le code reste lisible. La vérification cryptographique peut même être réalisée hors ligne si le lecteur dispose des éléments de confiance nécessaires. Plus de 60 types de documents sont ainsi concernés, avec plus de 80 émetteurs et quelque 400 millions de codes annuels. Le dispositif fonctionne donc déjà à grande échelle.
La V2 ouvre le champ des possibles
La V2 vise à dépasser les limites d’un modèle historiquement national et contraignant à faire évoluer. Présentée comme un prolongement, cette V2 permet de gérer des données plus variées, des images, des tableaux et des extensions adaptées aux métiers. Elle élargit aussi les possibilités de signature et facilite la définition de nouveaux usages.
L’intégration d’une photo peut par exemple aider à détecter sa substitution sur un titre. Mais vérifier un document et identifier celui qui le présente restent deux opérations distinctes. Ajouter de la biométrie impose aussi de définir qui peut accéder aux informations et comment protéger les données personnelles.
Parmi les autres évolutions, notez que des extensions peuvent donner accès à des informations actualisées au moment de la lecture. Le cachet imprimé peut ainsi devenir le point d’entrée vers un service complémentaire, par exemple pour contrôler l’état d’un droit. Ces fonctions doivent être distinguées de la vérification des données déjà signées.
Cette transition doit toutefois préserver l’existant. D’après la trajectoire annoncée, les deux générations coexisteront, tandis que les nouveaux cas d’usage devront passer en V2 à partir de 2027. Le défi consiste autant à faire évoluer les lecteurs et les pratiques qu’à enrichir le format.
Monaco et la Côte d’Ivoire élargissent la confiance
À Monaco, le cachet électronique visible figure désormais dans le cadre réglementaire du permis de conduire au format carte. La Principauté a aussi évoqué des usages pour les attestations de droits à conduire, les certificats de résidence et les contrats d’embauche. L’objectif étant de rendre ces preuves vérifiables au-delà de ses frontières.
En Côte d’Ivoire, l’Office national de l’état civil et de l’identification propose aussi le CEV pour sécuriser notamment les diplômes, les certificats de résidence et les documents bancaires. Cette ouverture repose sur des opérateurs de schéma de confiance, chargés d’encadrer les émetteurs. Notez que des préfixes harmonisés distinguent les réseaux français, monégasque, ivoirien et privé (Otentik).
Le 2D-Doc constitue aussi un pont vers l’identité numérique. France Identité permet déjà l’importation du permis de conduire par la lecture d’un justificatif sécurisé. À terme, rapprocher les données certifiées d’un document et l’identité de son titulaire peut réduire les possibilités d’usurpation.
Reste le principal obstacle, moins technique qu’humain. Banques, bailleurs, assureurs et employeurs doivent intégrer la vérification à leurs procédures. Car un code que personne ne contrôle n’est au final qu’un élément de décor. La confiance commence lorsque les données signées sont effectivement confrontées à ce que l’on nous présente.